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Eugène Monin, prêtre missionnaire



     Eugène Alphonse Monin naît à Charavines le 10 mars 1869, benjamin des six enfants d'Étienne Monin et d'Eulalie Bardin, cultivateurs au hameau de Louisias.


Il fait ses études au petit séminaire de La Côte-Saint-André puis au grand séminaire de Grenoble. Le 19 mai 1894 il est ordonné prêtre par Amand-Joseph Fava, évêque de Grenoble. Il exerce la fonction de vicaire à Apprieu du 24 mai 1894 au 1er janvier 1897, puis intègre la congrégation appelée Société de Marie (dont les membres sont dénommés les pères maristes) le 23 janvier 1898 à Sainte-Foy-lès-Lyon. Il accepte alors une mission d'évangélisation en Océanie.

C'est ainsi que le 27 mars 1898, Eugène embarque sur l'Armand-Béhic, un paquebot français de la Compagnie des Messageries Maritimes. Arrivé en Nouvelle-Calédonie le 3 mai 1898, il se dirige vers l'île de Lifou dans les îles Loyauté, où il débarque le 19 août 1898. Il prend en charge la paroisse de Nathalo où il est nommé vicaire. En avril 1899, il se rend à Saint-Louis, sur l'île principale de Nouvelle-Calédonie (appelée Grande-Terre) afin d'assurer une autre mission auprès de la population autochtone et est remplacé par le père Francis Rougé à Lifou. Il semble cependant beaucoup s'ennuyer à Saint-Louis et décide de reprendre son poste à Lifou en août 1899. En décembre 1899, le père Rougé quitte Lifou pour l’archipel du Vanuatu (ou plus anciennement les Nouvelles-Hébrides). Eugène sera vicaire à Hnathalo (ou Nathalo, les deux orthographes étant correctes) jusqu'en 1907.

Les difficultés de la mission catholique mariste à Hnathalo

La paroisse de Hnathalo-Lifou, créée en 1858, comprend l’église Saint-Jean-Baptiste et la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes à Easo. En 1878, dix hectares de terre lui ont été donnés par le gouverneur de Nouvelle-Calédonie, Léopold de Pritzbuer. La mission catholique sur place dispose de ses propres ressources et les résultats qu'elle opère sur la population plaisent aux nombreux fonctionnaires, qui sont toujours heureux d'entendre parler français lors de leurs passages. Les missionnaires perçoivent une aide du vicariat: 6500 francs, plus 3000 francs pour les écoles, outre les dons de leurs fidèles. Les pères Gaide, Fraysse et Goubin, en charge sur l'île, ont appris la langue locale appelée le drehu. Hnathalo dispose d'un jardin potager, d'arbres fruitiers et d'une ferme avec cochons, chèvres, moutons, chevaux et bovins. Une laiterie - dont on vend les produits dans toute la Nouvelle-Calédonie - un atelier de menuiserie et une forge furent également aménagés.

Monsieur Ballande, monseigneur Fraysse, père Eugène Monin et les trois enfants de monsieur Ballande (Saint-Louis, 1898)

Par suite du passage d'un cyclone en 1880, les mauvaises conditions climatiques s'enchaînent et entraînent des pertes de récoltes considérables. Le conseil épiscopal accorde aux missionnaires de Lifou plusieurs remises de dettes jusqu'en 1897. Mais le 14 décembre 1898, le vicariat décide de supprimer les allocations et Hnathalo ne pourra dorénavant compter que sur ses propres ressources. Elle s'en sort par la vente de bétails à Nouméa ou à Saint-Louis. Ainsi le père Monin vend aux bouchers de Nouméa 83 moutons, sur un troupeau qui compte 350 têtes et qui sont embarqués en juillet 1901. Durant ses fonctions Eugène décide de restreindre les dépenses. Il impose l'arrêt des travaux de construction et rénovation entrepris depuis 1880. Il fait tout de même plafonner le dortoir de l'école des filles, mais refuse la construction de nouvelles chapelles en pierre à Hunêtê et à Inagoj. Il refuse encore la rénovation de son presbytère, malgré son état de délabrement avancé.

Les habitants de l'île découvrent également l'alcool avec l'arrivée des européens. Ainsi une barrique de vin, rapportée sur l’île en octobre 1901 par bateau, est bue en quatre jours et provoque des violences entre voisins. Des enfants de l'école de Hnathalo sont blessés par un adulte ivre alors qu'ils travaillaient dans leurs champs d'ignames. De plus la foi chrétienne a du mal à résister aux pratiques traditionnelles: en 1903 plusieurs personnes sont accusées de sorcellerie ou de jeter des sorts. Ces accusations engendrent des violences supplémentaires, ainsi que des suicides. Cette même année, l'île connaît une nouvelle sécheresse et plusieurs feux de brousse, ce qui poussent quelques habitants à chaparder les biens des communautés religieuses. Ces problèmes font que peu de parents envoient leurs enfants étudier: l'école pour garçons de Hnathalo passe de 65 enfants en 1885 à 25 enfants en 1904 ; à l'école pour filles les élèves diminuent de 57 à 45. Dès 1899 des temps de prières furent organisés afin de rassembler les fidèles et raviver leur foi. A Hnathalo, c'est la fête du Sacré-Cœur qui était célébrée.

Une longue maladie


Le révérend père Monin devant la grotte de Lourdes, à Nouméa

Le 27 décembre 1899, dans une lettre qu'il adresse au vicaire apostolique, monseigneur Fraysse, Eugène décrit les symptômes d'une maladie qui va l'accompagner de nombreuses années: «quant à moi, je n'ai pas trop à me plaindre. Mes maux de tête sont devenus des compagnons inséparables et insupportables par moment, mais on s'y fait». Les choses empirent et il sera rapidement frappé d'hémiplégie. Le père Gaide écrit à son propos les 8 et 9 mars 1903: «le père Monin est alité depuis huit jours, souffrant d'un mal d'oreille» ou encore «le père Monin souffre encore plus que ces jours derniers... J'ai le cœur percé d'entendre le pauvre gémir continuellement, torturé par la douleur de l'oreille et de toute la tête». Le 15 mars, alors que son état de santé semblait s'améliorer, la maladie reprend le dessus. Les instituteurs Zénon et Augustin, qui sont en fonction à l'école de Hnathalo depuis 1898 et ont aidé Eugène à apprendre la langue locale, devront désormais l'assister dans tout ses faits et gestes. En mai 1907, sa tumeur est incurable et il est trop tard pour l’envoyer en soins à Nouméa. Eugène décède à Nathalo le 20 mai 1907, à l'âge de 38 ans et après 9 ans de ministère en Océanie.

Plaque commémorative pour les missionnaires de Nathalo


Sources: état-civil de Charavines et Lifou ; «Meketepoun, histoire de la mission catholique dans l'île de Lifou au XIXème siècle», Jacques Izoulet, 1996.

Avec tous mes remerciements à monsieur Hnalep et au service des archives de Nouvelle-Calédonie, au père Pierre Ngo du diocèse de Nouméa, à monsieur Jolly correspondant pour le site web des Frères Maristes et au père François Grossin pour l'aide qu'il m'a apporté, toutes ses recherches et sa sympathie. Pour terminer, un grand merci à Renée Monin.

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