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La famine aux îles Loyauté


Des nouvelles de l'île de Lifou adressées le 10 février 1903, par le père missionnaire Eugène Monin de la Société de Marie et destinées aux lecteurs d'une revue catholique.

« Permettez-moi de venir solliciter la générosité des lecteurs des Missions catholiques. Je sais bien qu'il suffira de leur exposer nos besoins pour qu'ils s'empressent d'envoyer leur obole au pauvre missionnaire de Natalo Lifou.

Une terrible famine nous menace. Par suite de la sécheresse extraordinaire et des chaleurs exceptionnelles que nous avons eues cette année, la disette est extrême dans tout le groupe des Loyalty, où vous ne trouveriez pas la plus petite rivière. Les ignames, plantées au mois d'octobre et septembre dernier et qui devraient déjà donner des tubercules, ont presque toutes péri. Et c'est ce qui fait ici la base de la nourriture. Il y a bien encore les kournalas qui pourraient aider nos indigènes à prendre patience ; mais elles aussi ont souffert de la chaleur et de la sécheresse et, pour comble de malheur, de grosses araignées appelées aeng sont venues en dévorer les feuilles, de sorte que les kournalas n'ont donné aucun fruit. Ajoutez que l'an dernier, le 5 avril, un violent coup de vent renversait presque tous les bananiers ; ils repoussent actuellement, mais sont encore loin de donner leurs régimes. Les cocotiers eux-mêmes ont été secoués si violemment qu'on n'a pas encore pu récolter un seul panier de coprah. Et cependant le coprah est la principale ressource pour acheter un peu de riz, un peu de pain et les quelques brasses d'étoffes légères dont se compose l'habillement.

Dès maintenant, nos pauvres indigènes sont obligés, pour vivre, de manger les feuilles des bananiers, qui servent en temps ordinaire de fourrage pour les chevaux, ou bien encore les jeunes pousses de ces arbres, plus tendres il est vrai, mais qui sont l'espoir de la prochaine récolte. Encore est-ce là l'aliment des plus fortunés. Les autres, en plus grand nombre, sont obligés de chercher dans les forêts des racines ou des bouts de branches encore verts. Cette nourriture, tant qu'elle durera, empêchera les hommes valides de mourir ; mais elle est absolument insuffisante pour les mères, les vieillards et les enfants. Mais voici qui aggrave encore notre situation et surtout attriste davantage notre cœur de missionnaire, notre petit troupeau de catholiques se trouve comme perdu au milieu d'un grand nombre de protestants.

Dès lors, il n'est pas douteux que les ministres ne cherchent à attirer par leurs offrandes les catholiques que nos faibles ressources ne nous permettront pas de soulager. Aidez-nous donc à conserver à nos enfants la vie du corps et en même temps la vie de l'âme. Le fléau commence à faire des victimes. Un de mes confrères m'écrit qu'une de ses paroissiennes est morte de faim et, dans une station où je vais dire la messe de temps à autre, j'ai trouvé mon petit servant de messe à toute extrémité. Grâce à vous, j'en ai la conviction, il nous sera donné de venir au secours de ces infortunés et de distribuer aux plus délaissés, aux vieillards, aux enfants de notre école, un peu de riz et de farine. Nous irons à tous, catholiques et protestants, et peut-être, au lieu de perdre des âmes, aurons-nous la consolation d'en amener quelques-unes au vrai bercail de Jésus- Christ ! »

Source : Gallica, extrait des Annales de la propagation de la Foi, 1903 (Tome 75).

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