Le mensonge de mes origines


Mon nom de famille est une véritable imposture !

Et l'imposteur, je vous l'ai déjà présenté. Il s'agit de Michel Mange (v.1680-1760) mon plus lointain ancêtre en lignée patrilinéaire, soit de père en fils, qui vivait à La Côte-Saint-André. Michel, grâce à ses trois épouses, ses cinq fils et ses dix petits-fils, est à l'origine des nombreuses branches qui composent la famille Mange. Depuis plusieurs mois je tente de recenser tous les porteurs du patronyme. C'est ce que l'on appelle dans le jargon la généalogie descendante. A ce jour je recense 275 porteurs du nom, tous descendants de Michel, essentiellement en Rhône-Alpes et dans l'est de la France.

Répartition géographique des descendants de Michel Mange de 1713 à aujourd'hui.
(source: cartographie du logiciel Heredis)

Quant aux origines de Michel, elles sont longtemps restées mystérieuses. La seule mention de ses parents se trouve dans l'acte de son premier mariage en 1713: Michel Menjoz Mezari fils légitime de feu Menjoz Mezari et feue Feliberte Chatagnier. Dans les années qui suivent, Michel est appelé de différentes façons: Michel Menjoz Meerie en 1721 puis Michel Menge en 1732 et enfin Michel Mangeoz en 1760. Les généalogistes savent qu'il ne faut pas se borner à une orthographe fixe pour un nom de famille. Tout dépend de la prononciation régionale ou du bon vouloir du curé qui rédige l'acte. Mais les registres paroissiaux de La Côte-Saint-André ne mentionnent aucun Menjoz, Mange ou Menge avant 1713.

C'est par hasard, alors que je lisais les registres de Saint-Siméon de Bressieux, que j'ai trouvé deux actes de sépulture qui allaient m'aiguiller: Le vingt neuvieme avril mil sept cens douze est decedee Berthe Chastagnier veuve de Menjoz Meyari.

« Le vingtsixieme aoust mil sept cen onze est decede Menioz Meyari ».

Menjoz ou Menioz, qui constituait le patronyme de Michel après son installation à La Côte-Saint-André, semble à l'origine n'être que le prénom qu'il portait en commun avec son père. Pour en savoir plus il me fallait combler les lacunes des registres paroissiaux. C'est le testament de Berthe ou Filiberte, découvert aux Archives départementales de l'Isère, qui allait me donner toutes les réponses.

La Côte Saint-André et Saint-Siméon de Bressieux sont séparés par la plaine de la Bièvre.
(source: carte de Cassini)


Le 27 avril 1712 devant maître Faure à Saint-Pierre de Bressieux, Berthe Chastagnier qui est alors veuve de Manjoz Méary, fait rédiger ses dernières volontés. Elle lègue à son fils Michel Manjoz Méary et à sa fille Dimanche Méary, 5 sols chacun et les déjette de tout ses autres biens. Elle nomme finalement comme héritier son autre fils Jean Méary.

Testament de Berthe Chastagnier.
(source: Archives départementales de l'Isère, 3E 15351 folio 228)


L'acte confirme que Manjoz n'était que le second prénom de Michel. Comment expliquer la disparition de Méary dans les actes, après son installation à La Côte-Saint-André ? Il est possible que ce soit le choix de Michel, comme pour marquer une rupture avec sa jeunesse à Saint-Siméon de Bressieux: il débutait une nouvelle vie dans une autre paroisse. Ou peut-être n'est-ce qu'un oubli du prêtre qui rédigea son acte de mariage en 1713 ? Quoi qu'il en soit son second prénom devint son patronyme. Et cela signifie que l'origine de mon nom de famille n'est qu'une erreur, une usurpation, un mensonge ? J'aurai tout aussi bien pu m'appeler Mickaël Méary !



illustrations: (1) aufeminin.com (2) carte de Cassini, cassini.ehess.fr (3) Heredis, arbre de descendance de Guichard Mézary / sources: AD Isère, 9Num/Ac457/1 - 3E15351 et 3E15525

Commentaires

  1. Moi je trouve chouette le prénom de "Dimanche" ! (pauvre Dimanche déshéritée...)

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    1. Pas déshéritée puisqu'elle reçoit 5 sols! Elle a déjà eu sa part lors de son mariage. Il y a généralement une formule encore plus générale pour tous ceux qui pourraient se dire héritiers et qui recevront 5 sols payés par l'héritier universel.

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  2. Michaël, puisque Menjoz/Manjoz ou autres variantes est un prénom, ne serait-ce pas une variante "patoisante" du prénom Dimanche ou plutôt Dimanche avec une aphérèse...

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    1. Je suis de votre avis... Dans d'autres actes notariés que j'ai pu lire, il est prénommé Domenge Méary.

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    2. C'est drôle... dans les Vosges on trouve des Demange/Demenge... Qui n'est autre que Dominique... Au féminin ça donne Mengeotte/Mengeatte...

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  3. Il semble que Dimanche soit un prénom mixte que l'on rencontre en Dauphiné. Dans le Vercors j'en ai retrouvé plusieurs. Moi aussi j'aime bien ce prénom.

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  4. Encore un article palpitant !

    J'ai aussi quelques Dimanche dans ma généalogie... en Dauphiné également.

    Encore bravo pour cet article,
    Thomas de Sacrés Ancêtres!

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  5. Dimanche, Dominique… deux versions pour un même prénom en réalité. On trouve parfois aussi Domenge.

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  6. un curieux rebondissement en effet,lié au hasard,
    ou le mystère des déformations des patronymes !

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  7. J'ai trouvé dans la Marne le prénom Demange ou Domenge ou Dimanche.
    En remontant mes ancêtres JESSENET, j'ai eu la surprise de découvrir que c'était le surnom d'un ancêtre: Nicolas Raulin dit JESSENET, fils de Nicolas RAULIN et Martine, qui était devenu patronyme. (Raulin, ou Rolin ou Roole et autres variantes orthographiques est le prénom actuel Raoul). Nicolas RAULIN dit JESSENET + 1695 à 85 ans x Madeleine RAULINET ou ROLLINET + 1683. Ils ont eu François RAULIN, Renaud RAULIN et André RAULIN dit JESSENET, mon ancêtre, qui a eu 8 enfants portant le patronyme de JESSENET.

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  8. Bonjour à tous
    Merci à Sylvie Robin, mon sosa 1059 est une Mangeon (1654-1692) de la région de Toul, je viens de découvrir l'origine de ce prénom.
    Cordialement
    Bernard

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  9. Effectivement, dans la région GRAND EST ( où je compte diverses branches tant maternelles que paternelles), dans les siècles passés, il y avait beaucoup de versions du prénom Dominique; en BOURGOGNE FRANCHE COMTE, c'était plutôt Dimanche, et en CHAMPAGNE LORRAINE, Demange, Mangeon, Mengeotte etc...

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  10. … et « Doumenge » très courant en Ariège…. Quant à la transmission des noms patronymiques : à Montségur, le nom AUTIE étant porté par quantité de gens, on voit apparaitre des surnoms : Autié-Briole ; Autié Menjot ; Autié Pécheu, etc. qui sur quelques générations deviennent des noms : Briole, Menjot, Pécheu… jusqu’à-ce que ces familles se multiplient à leur tour et soient à leur tour différenciées par un nouveau surnom : Pécheu-Nouguette ; Briole-Sanquette ; Menjot-Fouriane…. Surnoms qui deviendront eux-mêmes noms de famille…
    Bien du plaisir en somme pour reconstituer les cousinades…

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  11. « Tout simplement » Dominique, dimanche mais oui ! Repos dominical. Je n’ y aurais pas pensé. Merci d’ avoir partagé. Je pense que cela en aidera plus d’ un...

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  12. Bonjour,
    1. Il est certain que Dimanche, Domenge, Menge ou Mange, Mangeon etc. sont des avatars de Dominique, prénom lui-même issu du latin signifiant "Jour du Seigneur"...
    2. dans ce qui est maintenant l'est de la France (Vosges, Jura, Savoie...)nombreux sont les patronymes actuels issus de prénoms, car la coutume voulait très longtemps que l'on désigne un individu (fille ou garçon) par son prénom suivi du prénom du père, puis à la génération suivante par les prénoms du père et du grand-père (pour distinguer les homonymes), ce qui entraînait des changements perpétuels .Ce système ne pouvait perdurer sur beaucoup de générations...et l'on a fini par retenir comme patronyme un des prénoms de la liste (souvent le dernier). A ce propos, il est probable que Meary soit aussi un prénom (à rapprocher de Mery). Plus tard, on a adjoint des qualificatifs pour continuer à distinguer les homonymes nombreux dans un même village. D'où les Petitdemange (patronyme de mon mari), Grandemange, Grosdemange etc..
    Amicalement. Christiane Petitdemange

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  13. En italien le jour DIMANCHE se dit "la domenica". Le prénom Dominique se dit "DOMENICO" pour un garçon, DOMENICA pour une fille.
    Peut-être une francisation, ou traduction, ou confusion
    Barthélémy.

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  14. Bonjour,
    Ma mère est née "Mange". J'ai encore un oncle et de nombreux cousins portant ce nom.
    La génération de mes grands-parents vivait à Lyon et celle de mes arrière-grands-parents à Lyon et surtout dans l'Ain d'où elle serait originaire. Enfant, j'ai entendu dire que le nom Mange était d'origine suisse et serait la contraction de Dominique...
    Nous y revoilà! Dominique! Dimanche! (Domingo en espagnol pour les 2)
    Jacqueline BLH

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